Les retentissements du discours du « devenir soi » : la cure psychanalytique est-elle « productive » ?
Cet article interroge les implications réciproques entre le discours sur la productivité et le cadre de la cure psychanalytique et, par conséquent, le potentiel conflit entre les exigences sociétales de productivité et les principes fondamentaux de la cure psychanalytique. À partir de réflexions cliniques, j’explore la façon dont des expressions récurrentes, telles que la frustration de « ne pas avoir été assez productif », manifestées par certain·es analysante·s, témoignent d’une imbrication entre les attentes néolibérales de performance et le dispositif thérapeutique. En m’appuyant sur la méthodologie de l’analyse discursive foucaldienne, j’identifie trois phases discursives de la productivité qui recouvrent des pratiques et se déclinent en comportements et subjectivités : rationnelle, transgressive et individualisée. L’article questionne d’une part la perméabilité de la psychanalyse face aux injonctions contemporaines de « devenir soi » et de maximiser son potentiel personnel, et pose la question de savoir dans quelle mesure la cure analytique peut y rester hermétique. De l’autre, il invite à réfléchir sur les modalités par lesquelles l’association entre psychothérapie, psychanalyse et objectif de productivité a été permise.
Mots-clés
- productivité
- discours
- psychanalyse
- individuation
